C'est bientôt la fin de l'année, et ça se fait ressentir avec une intensité croissante, pour mon plus grand désarroi. Tout s'est déroulé tellement vite, les jours s'enchaînant avec facilité et sans que l'on s'en rende compte réellement. Je n'ai eu le temps que de me dire que 'ah tiens, maintenant je connais mon emploi du temps par coeur', toutes mes salles et le nom de chacun la classe du bout des doigts, qu'il ne nous restait plus à passer que quelques semaines tous ensemble. Emploi du temps morcelé et des chaises au trois quarts vides, occupées ou non, ça dépend des matières et de l'heure.
C'est destiné à changer, à prendre des décisions. Arrêter de faire du 'jem'enfoutisme', pour plus s'impliquer. Pourtant je n'en ai pas une grande envie, ou plutôt toujours pas. L'année prochaine est sensée être différente.
Nouveau lycée, d'accord. Mais ça signifie aussi et surtout quitter l'ancien. Bâtiment connu depuis cinq ans, les têtes habituelles rassurantes, quelques amis toujours là. C'est comme se séparer deux fois de la même chose, mais d'un point de vue différent. Quitter les camarades collégiens avec tristesse, pour s'en remettre doucement et s'attacher aux lycéens, pour ensuite devoir partir à nouveau.
Ô joie.
Il faudra oublier les heures de perm' à regarder des séries chez une amie à proximité du lycée, effacer les sorties dans les bois entre connaisances. Ne pas fumer avec un de vos meilleures amies, comme soeur, sur le chemin du retour.En rentrant, ne pas faire de détour pendant des heures pour retrouver les gens qu'on aime. Bien sûr que non, on sera déjà trop crevé d'avoir fait une demie-heure de bus et d'avoir parlé allemand toute la journée. Alors on rentrera chez soi, triste et seul, mais content de retrouver son canapé. Mais avec la sensation de n'avoir rien récolté de sa journée, sur le plan émotionnel.
Je le vois venir, gros comme une maison. Que dis-je, un building.
Et puis gommer ce qui faisait votre vie, à part entière. Les petites routines rassurantes, comme F.L. qui refuse d'ouvrir la grille, ou de croiser Estelle au détour d'un couloir et de lui crier les dernières lubies de notre groupe préféré en lui sautant dessus. De se demander le mardi matin ' mais est-ce qu'elle a TP aujourd'hui ?', ou de faire chier la moitié du lycée en demandant ' t'as pa vu Alexia? ', pour ensuite se poser contre un mur, seule, de la musique dans les oreilles et s'amusant de l'insouciance des collégiens. Laisser l'image de gens que vous voyez tellement peu, vous attendre rayonnants devant la grille du lycée, laisser ce souvenir visuel tant chéri s'évanouir doucement. Oublier aussi la vision des allemands jouer gaiement au cartes, posés dans les grands canapés du foyer. Faner l'odeur d'orange, ou de pamplemousse, en tout cas fruitée, du carellage du hall lorsqu'on termine à 5h30. Galérer pour pousser chaque lourde porte, se geler en préfa', ou encore mourir avant d'avoir monter les trois étages. Se dépêcher pour ne pas arriver en retard à 9h précisément, ou se précipiter pour pouvoir manger avant les collégiens.
Laisser s'éteindre les souvenirs de tout ce qui constituait l'Existence.