Du willst fliegen? Es wird schwer ohne Flügel.


C'est bientôt la fin de l'année, et ça se fait ressentir avec une intensité croissante, pour mon plus grand désarroi. Tout s'est déroulé tellement vite, les jours s'enchaînant avec facilité et sans que l'on s'en rende compte réellement. Je n'ai eu le temps que de me dire que 'ah tiens, maintenant je connais mon emploi du temps par coeur', toutes mes salles et le nom de chacun la classe du bout des doigts, qu'il ne nous restait plus à passer que quelques semaines tous ensemble. Emploi du temps morcelé et des chaises au trois quarts vides, occupées ou non, ça dépend des matières et de l'heure.
C'est destiné à changer, à prendre des décisions. Arrêter de faire du 'jem'enfoutisme', pour plus s'impliquer. Pourtant je n'en ai pas une grande envie, ou plutôt toujours pas. L'année prochaine est sensée être différente.
Nouveau lycée, d'accord. Mais ça signifie aussi et surtout quitter l'ancien. Bâtiment connu depuis cinq ans, les têtes habituelles rassurantes, quelques amis toujours là. C'est comme se séparer deux fois de la même chose, mais d'un point de vue différent. Quitter les camarades collégiens avec tristesse, pour s'en remettre doucement et s'attacher aux lycéens, pour ensuite devoir partir à nouveau.

Ô joie.


Il faudra oublier les heures de perm' à regarder des séries chez une amie à proximité du lycée, effacer les sorties dans les bois entre connaisances. Ne pas fumer avec un de vos meilleures amies, comme soeur, sur le chemin du retour.En rentrant, ne pas faire de détour pendant des heures pour retrouver les gens qu'on aime. Bien sûr que non, on sera déjà trop crevé d'avoir fait une demie-heure de bus et d'avoir parlé allemand toute la journée. Alors on rentrera chez soi, triste et seul, mais content de retrouver son canapé. Mais avec la sensation de n'avoir rien récolté de sa journée, sur le plan émotionnel.
Je le vois venir, gros comme une maison. Que dis-je, un building.


Et puis gommer ce qui faisait votre vie, à part entière. Les petites routines rassurantes, comme F.L. qui refuse d'ouvrir la grille, ou de croiser Estelle au détour d'un couloir et de lui crier les dernières lubies de notre groupe préféré en lui sautant dessus. De se demander le mardi matin ' mais est-ce qu'elle a TP aujourd'hui ?', ou de faire chier la moitié du lycée en demandant ' t'as pa vu Alexia? ', pour ensuite se poser contre un mur, seule, de la musique dans les oreilles et s'amusant de l'insouciance des collégiens. Laisser l'image de gens que vous voyez tellement peu, vous attendre rayonnants devant la grille du lycée, laisser ce souvenir visuel tant chéri s'évanouir doucement. Oublier aussi la vision des allemands jouer gaiement au cartes, posés dans les grands canapés du foyer. Faner l'odeur d'orange, ou de pamplemousse, en tout cas fruitée, du carellage du hall lorsqu'on termine à 5h30. Galérer pour pousser chaque lourde porte, se geler en préfa', ou encore mourir avant d'avoir monter les trois étages. Se dépêcher pour ne pas arriver en retard à 9h précisément, ou se précipiter pour pouvoir manger avant les collégiens.




Laisser s'éteindre les souvenirs de tout ce qui constituait l'Existence.

# Posté le mardi 08 juillet 2008 16:19

Modifié le mardi 15 juillet 2008 12:56

Ce que je veux, ce qui m'a tellement manqué, et ça, toujours.

ICH WILL!

Retourner joyeuse à l'aéroport, re-recevoir un tournesol comme cadeau de bienvenue, apprendre des nouvelles désespérantes, me perdre à Altona, retourner au Hamburg Dungeon, me racheter une robe à Marktstraße, attendre une heure devant la Hauptbahnhof, me faire lyncher pour mes goûts musicaux, me reprendre des ronces sur le tret-boat, retourner au beach-club, faire du trampoline sous les yeux du voisin avec Estelle, remercier le Papy qui m'a sauvé la vie, manger chaque matin du nutella et boire ma tasse de café, passer mes week-end à la piscine, rater ze concert, taxer du RedBull, me racheter des faux ongles, voir les poissons tactiles, galérer avec la machine à clopes, chercher la Fernsehturm, retourner dans la cabane en même compagnie, me rendormir dans mon S3, bâcler le parcours de minigolf, fumer à Altona, retrouver mes deux Ifs, re-bousiller mon paquet à cause de mon Apfelschorle, bouder à Bremen, écouter une charmante musique dans une église, bronzer au soleil, regarder Hippolyte faire du 'Ioukouleyleyy', me faire taxer mes clopes restantes par Pierre, retourner dans ce parc, faire une photo mytique, regarder un grand boulet faire une action de générosité, m'arrêter en plein milieu de cette rue, perdre l'équilibre devant le passage piéton, regarder le même grand boulet dire un flot incontrôlé de conneries, observer l'effet des Beck's sur ma Tominette, me faire bouffer dans le train, récupérer son numéro de téléphone, dire aurevoir devant mon S3 Pinneberg, entendre le charmant ' Kroupounndeur!', faire peur aux enfans dans la rue, fumer une clope sur ce banc en allumant les lumières, penser amèrement à lui, me disputer, regarder quelqu'un dessiner, boire des Beck's, recevoir des sms, recevoir un bonjour qui sonne comme un 'adieu casse-toi', écouter placebo, nous tromper de truc à valises, revoir une dernière fois les boulets faire les cons sur le tapis roulant, aggriper sa main, enlacer Estelle, et prendre les escaliers.
Retourner là-bas.
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# Posté le mardi 08 juillet 2008 16:20

Modifié le mardi 15 juillet 2008 12:56

Goût de dégoût se perdant dans ma bouche.


Ma vue se brouille, obscurcie par de naissantes larmes de rage. Tes mots se balancent lascivement, ballet funèbre. Un sourire au goût amer vient étirer mes lèvres, avant de tenter d'expirer avec lenteur afin de calmer le rythme de mes respirations qui se rapprochent inexorablement. Que répondre à un tel manque de discernement et même de délicatesse, tellement que ces phrases en pueraient la provocation ? Lettres s'enfilent en mots, puis mes phrases se composent difficilement, pourtant lorsque je lirais ce résultat je me dirais que ça reflète vraiment mal mon soi-disant détachement. C'est dur de canaliser ses émotions, de répondre devant un amour à sens-unique, mais pas ignoré.



Et lorsque je reviendrais à ce qui devrait me redonner ma joie de vivre pure et dure, ce qui m'aura toujours été destiné, ces lèvres pleines et au sourire éblouissant, alors mes belles illusions et mes promesses d'assagissement s'évanouiront dans son odeur charnelle si différente de la tienne. Je me noie dans le souvenir de ton vice, celui dans lequel tu m'as plongée et transpercée de toutes parts, perdant les notions et les bases que j'aurais mis tant de temps à acquérir. Je ne sais plus discerner quoi que ce soit, tout ce qui comptait pour moi s'est dissout lentement pour retrouver les lambeaux restants de moi-même, ceux que tu auras épargnés.



Cette chose qui me brûle, me répugne lorsque j'effleure ces lèvres qui ne sont pas les tiennes. Pourtant, je ne t'ai jamais rien promis, et toi encore moins. Je t'ai timidement laissé l'accès à mon c½ur, ou tu t'es précipité pour profiter de mes faiblesses et essayer de me vider de toute substance, avant que je t'arrête. Ces courbes que je vénérais, son c½ur que je chérissais, ses yeux que j'admirais, tout maintenant me semble creux et vide de sens. Je viens à regretter ton empressement, ta fougue et pourtant ta frigidité sentimentale ; opposé à cet océan de douceur et de bons sentiments qui me donne maintenant envie de m'enfuir le plus loin possible de ces yeux me suppliant de l'aimer. Ca ne me ressemble pourtant tellement pas. Au lieu de boire sagement un antidote certain à ce qui me dévore lentement de l'intérieur, j'ingurgite ce poison goulûment jusqu'à la dernière goutte, espérant en mourir plus vite et surtout encore plus intensément.



Ses yeux me pardonneront d'ores et déjà, m'enveloppant d'une chaleur amoureuse et d'un regard tendre, tandis que les tiens me dévisageront avec dédain et déjà à moitié fermés, dont le vert s'assombrira pour mieux me toiser. Son odeur m'étourdira par abus combinés avec des superpositions de fragrances moites et musquées, pourtant la force et le naturel de la tienne me rendra folle à force de chercher à la capturer. Sa saveur sucrée me dégoûtera par trop d'excès, la simplicité de la tienne me fera juste tourner la tête, toujours en quête de plus. J'ai beau chercher à te noyer dans un ressentiment haineux, ta main s'extirpera de la surface plane et lisse de ce liquide glacial transparent pour m'happer à ta suite.



Sa peau aux allures satinées et promettant le soleil et sa chaleur rassurante me laisse de glace à présent, c'est ta carnation pâle et nacrée, parsemée de tâches de rousseurs qui enchantera les cellules des bouts de mes doigts, rien qu'en effleurant une parcelle ta nuque délicate. Ses cheveux sombres, lisses et ébouriffés là ou mes mains aimaient se perdent à l'intérieur, contrastent avec l'anarchie des tiens, d'un châtain profond et légèrement bouclés, que je n'ose pas toucher de peur de bousculer leur douceur nuageuse. Ses mots me feront pleurer ou bien sourire, quelques fois soupirer, alors que les tiens m'arrachent toujours un sourire à travers mes larmes passionnées à la pensée que ces mots sont pour moi.
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# Posté le mardi 08 juillet 2008 16:20

Modifié le mardi 15 juillet 2008 12:56

Quand le soleil brille, nous brillons ensemble.

Une chanson remplie de promesses, me ramenant au passé et pourtant m'appelant au futur. Des paroles déjà connues, mais son rythme s'est fait différent, plus poignant. Tous ces souvenirs me remontent en mémoire, comme à la surface d'un lac négligé malgré l'attachement qu'on éprouve pour ce lieu rassurant et salvateur. Ces bribes de mots, vos rires, le son de vos voix, vos expressions, les nôtres. Tout me manque. Vous avez été ma base, nos ressources, l'asile tant recherché. Je n'arrive pas à contrôler ce qui enserre ma gorge à présent, me comprime le c½ur inexorablement ; et ça depuis que vous m'avez serrés dans vos bras, puis tourné les talons, vos valises à votre suite, sans vous retourner. Quand tout va bien, que nos sourires rayonnent sur nos visages, la joie est partagée et en est décuplée. Mais lorsque tout s'effondre autour de soi, que l'on ne sait plus ce qu'on devient réellement, c'est là que l'amitié prend toute sa valeur. Je nous revois, une année plus tôt, si différents. Pourtant, en même temps, toujours les mêmes. Ce qui compte n'est pas ce qu'on est devenus chacun individuellement, ou même ce genre de grande famille que l'on forme, mais plutôt l'amour que l'on s'est porté, qu'on se porte et qu'on se portera encore. C'est ensemble qu'on a grandi, qu'on s'est formés. Nos épaules ont toutes été baignées de larmes des uns et des autres, nos mains ont si souvent essuyé les pleurs coulant sur nos joues, nos bras ont tous serrés l'un de nous pour apaiser nos sanglots incontrôlables. On a toujours été là les uns pour les autres, pour le meilleur et plus souvent pour le pire. Et aujourd'hui je m'en rends compte et je prie. Non, je ne prie pas pour que tout reste comme c'est à présent, je prie pour que, quoi qu'il arrive, nous restions ensemble. Quoi qu'il arrive.

# Posté le mardi 15 juillet 2008 12:53

Du weisst früher gigen wir Hand in Hand.



Du weißt, früher gingen wir Hand in Hand




Parcourant les rayons alcoolisés avec empressement, malgré le réconfort de sa fraîcheur, nous nous dispersons à travers les packs et les bouteilles transparentes. Nous avions une heure, ni plus ni moins, et un quart d'heure s'est déjà écoulé. C'est donc considérablement plus chargés qu'à l'aller et un sourire au bout des lèvres que nous nous mettons en quête d'un endroit tranquille, si possible à l'ombre. On traversait les rues de Bremen, sans idée précise de ce que l'on recherchait réellement, pressés par le temps. Sur le chemin, les plus habiles essayaient d'ouvrir les beck's à l'aide de briquets, aux périls de leur mains. Le grand blond me dévisage un instant, sans aucune gêne et d'une façon presque ostentatoire, peut-être pour attirer mon attention. Je reçois donc son sourire amusé, suivi d'un coup d'½il insistant vers l'un des autres propriétaires des décapsuleurs improvisés. Je ne peux que soupirer devant son obstination, puis faire descendre le liquide frais dans ma gorge tout en accélérer le pas pour rejoindre l'avant de la troupe. Cet après-midi était particulièrement chaud, sans une once de vent ou quoi que ce soit. Le soleil brillait avec force et l'absence de nuages nous donnait déjà une ébauche de sourire. 'Hé bah voilà, un parc !' s'exclame doucement un grand brun, désignant la colline verte de l'autre côté de l'avenue, parsemée de quelques hauts arbres et clôturée par de grandes grilles sombres.

Nous franchissons la grande rue, sans vraiment faire attention aux voitures circulant, puis le portail entr'ouvert, les uns à la suite des autres et les yeux déjà à la recherche d'un endroit calme et frais. Ce grand arbre aux branches généreusement feuillues s'étirant largement sur ses flancs nous apparu quasiment comme une évidence, surtout avec le petit détail 'comique' en plus : un sans-abri dormait, recroquevillé dans l'herbe, entouré de tous ses effets. ' On lui offrira une bière !' rit l'un d'entre nous, du haut de ses un mètre quatre-vingt-dix. En l'espace de deux minutes, les sacs étaient éparpillés à terre, aux côtés de leurs propriétaires ; de nouvelles bières avaient été ouvertes, se répandant déjà dans l'herbe jaunie, à proximité de la cuillère qui avait remplacé le briquet. Le groupe s'est involontairement positionné en rond, les bouteilles convoitées en leur centre. Certains allument des cigarettes, jonglant habilement entre le goulot vert et le filtre jaune. Lorsque les packs sont terminés, un cadeau fait – c'est-à-dire une bière pour notre nouveau voisin-, et de nouvelles bouteilles aux couleurs vives ouvertes, une nouvelle source de fumée vient s'ajouter. Les packs de bières trônent à présent sur trois de leurs têtes, en guise de chapeau ou d'heaume de chevalier, tout dépend du point de vue. Certains s'endorment presque les uns sur les autres, tandis que plusieurs se rapprochent doucement.

Le temps s'est écoulé à son rythme et nous devons à présent rentrer à notre point de rendez-vous situé un peu plus haut dans la ville. On prend encore quelques minutes pour prendre une photo de nous tous ensemble, deux d'entre nous tournant pour tenir l'objectif. On récupère ensuite nos sacs, puis disons au revoir à notre nouvel ami toujours échoué dans l'herbe et prenons le chemin du retour. A force de 'allez on s'bouge, là' ou encore de ' par ici les gens ', on arrivera même en avance devant la statue de Roland, malgré qu'aucun de nous n'ai l'air très net. A rajouter que les énormes chapeaux cartonnés et d'une teinte vert bouteille, avec le nom de la bière précédemment consommée écrit en lettres capitales, attirait particulièrement l'attention et surtout confirmait les doutes concernant notre état. Le blond me faisait encore de l'½il vers son ami, ses prunelles chocolatées m'invitant à faire le premier pas. Je secoue la tête, lassée et surtout en essayant de brider les espoirs qui commençaient à se déchaîner en moi.


Une fois le groupe au complet et surtout compté, nous nous mettons en route vers la gare. La chaleur ne nous aide pas à redescendre sur terre, tapant inexorablement sur nos têtes. Je marche lentement vers la gare, n'ayant aucunement envie de me presser, discutant paisiblement avec une amie. Lorsque nous nous retournons pour sourire à nos compagnons chapeautés derrière nous en leur désignant notre parc, le même blond me lance un nouveau regard insistant, articulant un 'allezz' appuyé. Je me retourne comme si de rien n'était et écarquille les yeux tout en parlant à mon inséparable, qui a assisté à la scène tout comme aux précédentes et me retourne un petit sourire compatissant. On accélère le pas, légèrement forcés par une grosse voix nous rappelant qu'on a un train à prendre. Nous nous rapprochons donc de la gare, longeant la grande avenue bondée de monde et parlant toujours entre nous de choses sans importances.

Soudain, une main agrippe mon bras pour me tirer en arrière. Surprise, je me retourne, pour voir que c'est le grand brun qui une prise sur moi. Je reste interdite et ai cessé tout mouvement. Son autre bras vient se poser dans mon dos pour me pousser vers lui, tandis que moi je me noie dans ses yeux assombris et laisse mon c½ur et ses battements s'affoler. Par pur réflexe, je pose ma main sur son torse pour me libérer de son emprise, essayant de me dégager en le repoussant. Je sais pourtant que c'est peine perdue lorsque je vois un sourire étirer lentement ses lèvres, alors qu'il me rapprochait de lui sans que je ne puisse opposer de résistance suffisante. Lèvres souriantes qu'il joindra lentement aux miennes, sa langue s'engouffrant subrepticement entre mes dents et repartir aussi vite qu'elle est venue. Je pensais l'avoir rêvé, ma main toujours contre son t-shirt, mais qui à présent repose simplement dessus, sans animosité. Je remarque qu'on s'est arrêtés en plein milieu de la rue, les gens continuant d'affluer tout autour de nous. Le temps avait arrêté de filer, l'espace de quelques secondes. Et sans un mot, un sourire, un regard, il prend ma main dans le creux de la sienne et entremêle nos doigts avant de continuer notre chemin. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.



Aber, dass du jetzt gehen willst, raubt mir den Verstand



Assise sur ma valise, j'expire lentement. La soirée précédente a été rude, tout comme cette nuit. Je n'ai aucune envie de partir, m'envoler loin du refuge de mes souvenirs de bonheur. Je m'y suis attachée à cette ville, plus que de raison. J'appréhende déjà le retour à la vie parisienne, sa nourriture, ses transports, son mode de vie et même ses feux rouges. Le groupe se complète doucement, mines pâles et cernes sous les yeux. Aucun de nous n'a envie de quitter cette ville tant aimée. Moi j'ai surtout aucune envie de revoir la cause de mes nuits blanches, ou plutôt noires, des sombres larmes dévalant mes joues, de ma perte d'appétit, mais aussi celui qui a fait régner un sourire sur mon visage et fait pétiller mes yeux, me rejeter. La question que je me pose est 'est-ce qu'il va continuer à cultiver mon bonheur ?'. Ca fait un jour que je ne l'ai pas vu et je sens déjà que des sanglots agiteront bientôt mon corps. Il est là.

Je vois déjà son sourire accroché aux lèvres que j'aime tant et ses pas se diriger vers son meilleur ami, à quelques mètres de moi. Je ne tiens plus en place, mes jambes me refusent de rester assise un instant de plus. Je me lève donc, mais exécute un quart de tour de façon à lui tourner un minimum le dos. Je replace ma capuche sur mon front, arrange ma frange et augmente le son de mon mp3. Je discute le plus naturellement possible avec ma s½ur 'provisoire', tandis qu'elle remarque que je suis particulièrement agitée. D'un signe de tête peu discret, je lui désigne son blouson rouge du regard. 'C'est lui', murmurais-je pour moi-même. Elle me sourit en me disant qu'il est mignon et d'aller le voir. Je secoue la tête, lui expliquant dans un allemand approximatif qu'il va sûrement me larguer d'un instant à l'autre.

Comme on dirait en allemand 'Gerade wenn man vom Teufel spricht'... En effet, sa main vient de se poser sur mon épaule. Mon c½ur se serre lorsque je reconnais son odeur et sa main posée, qui me fait revenir quelques jours en arrière. Je me retourne, et vois son visage s'avancer vers le mien. Est-ce que mon c½ur va lâcher, ou non ? Ses lèvres m'appellent, ses yeux m'enchantent, son absence de sourire me brisera. Il a juste l'air désolé lorsqu'il dépose un bref baiser sur chacune de mes joues. Est-ce qu'avant de reculer il aura vu mes yeux s'humidifier, mes sourcils se froncer, ma bouche se tordre dans un rictus de douleur ? Je ne sais même plus s'il y aurait prêté attention. Il est toujours en face de moi, mais je dévisage ses converses, n'osant pas montrer mes yeux vraisemblablement rougis. Je remarque du coin de l'½il qu'il est en train de boire une canette de RedBull. Canette qui nous a rapproché, il y a une semaine de ça, partageant une 'passion' commune pour cette boisson, dont je n'ai pas hésité à lui quémander alors que je ne le connaissais quasiment pas. Encore une fois, mon c½ur se comprime douloureusement dans ma poitrine et je sens mes paupières se fermer malgré moi, mes yeux me piquent affreusement. Comme si la boucle était bouclée, dans ce geste qui semblerait si anodin, de me le donner sans que je ne lui en ai demandé. Avec un sourire forcé en guise de remerciement, je fais basculer le reste du liquide dans ma gorge, presque rageusement. Pour ensuite lui mettre le cadavre dans la poche baillante, et m'esquiver avec un léger 'merci'.

Les yeux encore rougis, je dis adieu à ma famille d'accueil, que je ne considère plus comme tel, mais plus comme ma seconde famille. Je réprime un sanglot, puis suis les autres qui m'invitent à aller fumer dehors avec eux. Je ne reste pas longtemps, tirant avidement sur ma cigarette comme je pomperais mon corps de toute substance, puis m'échappe aux toilettes sans un mot, fuyant la vision de ce brun auquel je n'ai plus accès.

Mon billet d'embarquement entre mes mains moites à cause de ma capuche et mon sweat que je n'ose pas quitter, je soupire encore une fois et glisse un regard vers l'objet de mes tourments. Qui viendra une demi-minute plus tard vers moi pour regarder mon numéro de place. Il esquisse une petite moue, pour ensuite se raviser. ' Vous êtes loin ! ... Ah ouais, mais on s'en fout en fait, on se mettra à côté quand même...'. Pourquoi il me tue ce 'on' ? C'est la première fois que je rêve d'un changement de sujet aussi ardemment. Mais au moment venu, celui de prendre place sur nos sièges numérotés, j'oublierais ses paroles et me mettrait à la place inscrite, à côté de mon inséparable. Trois rangées devant lui, et de l'autre côté. Et bizarrement, ça n'a pas l'air de le déranger plus que ça, étant donné qu'il est en train de gonfler un préservatif et de poser sa signature dessus, avant de le lancer à travers les sièges. Il ne changera jamais.

L'avion décolle. Et lorsque je vois ce pays tant aimé défiler à travers la minuscule vitre, que j'entends malgré ma musique poussée au maximum les rires du brun, je fonds enfin en larmes. Je les laisse dévaler mes joues, laisser leurs traînées noires s'épanouir sur mes lèvres et mon corps s'agiter de soubresauts. Une main amie s'agrippe à la mienne, réconfortante, que je serrerais de toutes mes forces. Ce n'est qu'un quart d'heures après que j'effacerais le maquillage délabré et enlèverais mes écouteurs pour stopper mes pleurs. Je me lève, chancelle un instant, puis me dirige vers le fond de l'avion en quête de toilettes. Je passe devant son siège sans un regard et m'engouffre dans l'endroit confiné où je constaterais l'ampleur des dégâts. J'ai mauvaise mine, mes yeux sont cernés et mon teint matifié d'il y a quelques jours me laissait simplement avec l'impression d'être un cadavre. Mes lèvres sont d'un rouge vif à force de les avoir mordues, et mes yeux de la même teinte. Une fois fait ce qu'il y avait à faire, je souffle un grand coup et déverrouille le loquet. Pour me retrouver devant le dos du brun, à un demi mètre, me bloquant le passage. Le touchant du bout des doigts, comme si j'allais me brûler, je pousse son bras et murmure un ô combien faible 'pardon...'. Il me regarde un instant, puis se pousse, tandis que je regagne ma place sans me retourner.

Une heure et demie plus tard, nous sommes chacun d'un côté du tapis roulant, ou les valises défilent inlassablement. Je ne peux pas détacher mes yeux de son sourire, je n'y arrive pas. Je détaille chacun de ses gestes, ses mots, l'éclat de ses prunelles, essayant de le figer le plus longtemps possible dans ma mémoire, ce souvenir impérissable. Il regarde son meilleur ami s'asseoir aux côtés des bagages, en tailleur et partir avec elles, le sourire aux lèvres avant de lui dire qu'il va 'se faire jeter par les mecs'. Il fait un signe de la main à une petite publicité sous forme de photo, riant à gorge déployée, la voyant s'éloigner sur le tapis. Un sourire attendri prend place sur mes lèvres devant leurs dernières excentricités que je verrais, avant d'éclater de rire doucement. Il relève la tête vers moi, quittant la photo des yeux. Nos regards se rencontrent, tandis que ne peux que continuer à sourire timidement. Le brun regarde à droite, puis à gauche, puis s'élance sur le tapis. J'hausse un sourcil, mais qu'est-ce qu'il fait ? Il le traverse en courant, pour atterrir souplement à mes côtés, toujours souriant. Et me demande si ça va. On discute quelques minutes, enchaînant conneries sur conneries. J'ai retrouvé ce sourire sincère et rempli du bonheur simple d'être à ses côtés, celui que j'avais perdu depuis ce matin.

C'est ensemble qu'on récupère nos valises, avant que l'on dise au revoir aux gens du groupe. Le c½ur déjà serré d'avoir quitté ceux que je considérais comme ma famille, devoir dire adieu à toutes ces personnes attachantes en est d'autant plus dur. La tête baissée et toujours capuchée, j'essaye de rattraper le maquillage qui a coulé tantôt, avant qu'il ne revienne, un petit sourire aux lèvres. Il va nous dire au revoir tout de suite, parce que sa mère n'est pas encore là, nous explique-t-il doucement, il voudrait éviter l'interrogatoire saignant et sa curiosité maladive. Il fait la bise à mon inséparable, son regard posé sur moi, puis se rapproche. ' Salut, toi', et ses joues rencontrent les bords de ma capuche, tandis qu'il attrape ma main au passage. Main que je serrerai plus fort que je le devrais et que je garderais dans la mienne jusqu'à la dernière seconde, effleurant doucement sa paume d'un de mes ongles. Et baisserais piteusement la tête, sentant mes larmes revenir, mais mes yeux pesant sur sa nuque. Je renifle légèrement, puis murmure un petit ' allez, on y va', traînant ma valise à ma suite.

Je retrouve dans le hall la mère de mon amie, mon regard toujours fixé sur lui, en train de saluer sa génitrice un mètre plus loin, qui d'ailleurs me regarde avec intérêt. J'esquisse un sourire timide, puis détourne le regard. On discute, mon inséparable et moi, racontant un bref aperçu du séjour à sa maman. Lorsqu'il empoigne sa valise et ébauche un pas en direction des ascenseurs, mon c½ur déjà meurtri saigne à présent, sachant que c'est sans doute la dernière fois que je le vois. Il marche avec nonchalance, riant avec son meilleur ami et parlant avec sa mère. S'éloigne de moi. Cette fois-ci je ne détache pas mes yeux de lui, le dévisage sans une once de gêne, déjà noyée dans ma peine. Il se retourne vers moi, esquisse un petit sourire pourtant lourd de sous-entendus et me lance un clin d'½il malicieux. Adieu, mon c½ur.


Ein Teil von mir stirbt wenn ich dich verliere

To be continued.
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# Posté le mardi 15 juillet 2008 12:55

Modifié le lundi 21 juillet 2008 09:08